
Ma belle, tu viens de retrouver le spectre de tes angoisses à travers ces fils cousus à contre cœur.
Tu peux jeter un coup d’œil, il y a là toute la vérité fantasmatique et illusoire de ton passé. Combien de temps t’a-t-il fallut pour que tu te décides enfin à fuir la source de tes sacrifices ? J’ai écrit cette histoire pour toi, pour que tu puisses te retrouver et m’embraser en toi, encore une fois, pour t’arracher de cette innocence chimérique.
Au moment où tu décideras de tourner la page je viendrais partager ta syncope, je sentirais les battements de ton cœur se ralentir lorsque le bruit du moteur s’accéléra, toutes tes défaillances seront miennes. Tu auras le choix, ma belle, le choix de recevoir la sève du bout de tes lèvres d’écorces ou de t’en aller en renonçant au plaisir expiatoire. Je t’en prie, n’écoute pas sa voix, je t’en prie, qui peut prétendre connaître le seigneur et ses désirs ? Abandonne- toi en mes lignes…
Sereine, presque vibrante, elle tourne la page et laisse les mots l’envahir pour le retrouver. Il est comme dans ses souvenirs, son visage n’a pas changé, après tout il a été un peu son père… Il vient de faire pénitence à la porte de sa chambre, elle le sait parce qu’elle l’a entendu au loin, lorsqu’elle est arrivée dans le long corridor. Il lui récite ensuite le Salve Regina en lui tenant la main qu’il caresse doucement, il la fixe, elle sait bien au fond d’elle ce qu’il attend : une cérémonie digne de notre seigneur si chère à ses yeux, réclamée cent fois, chaque jour de la Parascève.
Tes veines s’ouvrent ma belle, libère toi de tes racines et lève les yeux pour me regarder : je suis en toi, venu te sauver du supplice. Il est encore temps pour toi de partir, ne deviens pas cette enfant de dieu pleine de pêchés et de maladresse… Je t’écris pour que tu puisses hurler en silence.
Elle ne parvient plus à lire quoi que ce soit, ses lettres ne sont plus visibles, elles s’embrasent et se détachent, elle les sent moites et brulantes comme leurs lèvres ont pu l’être…Elles se fissurent et s’effondrent comme lorsqu’elle n’a plus la force de rester debout, lorsqu’elle finit par s’accroupir.
Comme tu m’as manqué ma belle, tu sais, il faudrait qu’un jour tu m’expliques pourquoi, que tu me laisses entrer en toi pour que je puisse comprendre. J’imagine très bien ce que tu pouvais ressentir, se perdre dans son personnage et en laisser une cicatrice énigmatique le long du ventre… tu disais qu’elle venait des mers cristallines et pourtant tu m’as laissé tant de fois entrevoir la vérité…
C’est ici que j’avoue, que je me repenti : la chair rougie, dans cette pièce confinée, peut être vais je te regarder jusqu’à ses vices corporels … La syncope n’était qu’un mauvais souvenir, qu’un cauchemar que j’ai voulu ranimer juste pour le plaisir des yeux, juste pour le plaisir de te voir nue ici.